Un point de vue d’expert sur le terrain: Questions-réponses avec Matt Cunnington, Service de police regional de Halton

 

 

Matt Cunnington, gendarme-détective, compte plus de 23 ans d’expérience dans le domaine de l’application de la loi et travaille actuellement à l’unité des crimes financiers du service de police régional de Halton, où il enquête sur des fraudes et des crimes financiers complexes. Il détient les attestations d’examinateur de fraude certifié (CFE), de Certified Financial Crime Investigator (CFCI) et de Crypto Fundamentals Certification de TRM (TRM-CFC), ce qui l’aide à protéger le public et à maintenir la confiance au sein de la communauté. Il a également de l’expérience dans les domaines des crimes graves, de la maltraitance et des agressions sexuelles envers les enfants, de la violence conjugale et des enquêtes sur les homicides, ce qui lui permet d’amener une approche disciplinée et axée sur les détails aux dossiers complexes et délicats.

  

Quels signes précoces de fraude sont souvent négligés dans les situations quotidiennes?

 

L’un des premiers signes les plus courants de fraude est le sentiment d’urgence et la pression. Lorsque des fraudeurs communiquent avec une victime (souvent par téléphone), ils visent délibérément à l’empêcher de prendre une pause, de raccrocher ou de penser de façon critique. Les victimes se font souvent dire des choses comme : « Cette offre prend fin aujourd’hui », « Votre compte sera verrouillé » ou « Ne le dites à personne ou vous empirerez les choses ». L’objectif est de créer de la panique et de forcer l’action immédiate, ce qui laisse peu de place à la réflexion ou à la vérification.

Un autre signal d’alarme est lorsque l’on nous demande d’effectuer des paiements inhabituels ou non conventionnels. Les demandes de cartes-cadeaux, de télévirements ou de cryptomonnaies sont particulièrement révélatrices, même lorsqu’elles sont présentées comme une « solution de rechange temporaire » ou une « option plus rapide ». Dans bien des cas, ces demandes commencent par de petits montants pour éviter d’éveiller les soupçons tôt dans le processus. Les montants grossissent progressivement une fois la confiance établie.

Les contacts inattendus suivis de demandes de renseignements personnels sont aussi chose courante. Les fraudeurs peuvent communiquer avec les victimes sans préavis et, après avoir établi une relation, commencer à demander des renseignements personnels sous prétexte de vérification. Des phrases comme « Nous avons juste besoin de confirmer quelques renseignements » peuvent sembler habituelles, mais elles sont souvent utilisées pour extraire des renseignements qui peuvent être exploités par la suite.

Enfin, la fraude repose souvent en grande partie sur la manipulation émotionnelle. Cela peut prendre la forme de peur, comme des menaces d’actions en justice ou de compromission d’un compte; d’enthousiasme, y compris des promesses de prix ou d’occasions de placement; ou de confiance, comme on peut le voir dans les arnaques amoureuses ou l’usurpation d’une autorité comme la police ou l’Agence du revenu du Canada. Lorsque les émotions prennent le dessus, la pensée logique peut disparaître et les petits signaux d’alarme sont plus facilement ignorés ou rationalisés.

 

 

Dans les cas d’usurpation d’identité, comment les fraudeurs paraissent-ils légitimes, et que devrait-on vérifier pour confirmer l’identité d’une personne?

 

Ce que nous voyons habituellement à l’Unité des crimes financiers, c’est l’utilisation fréquente de pièces d’identité frauduleuses, le plus souvent sous la forme d’un permis de conduire de l’Ontario. Les fraudeurs falsifient de mieux en mieux ces documents. Dans bien des cas, la personne qui vérifie la pièce d’identité peut sentir que quelque chose n’est pas tout à fait correct, même si elle ne peut pas expliquer immédiatement le problème. Les fraudeurs sont habiles pour reconnaître cette hésitation et l’exploiteront souvent en exerçant de la pression pour faire avancer l’interaction.

Un exemple courant est celui des prises de contrôle de comptes. Un fraudeur peut s’adresser à un caissier de banque et lui présenter une pièce d’identité frauduleuse. Le caissier pourrait remarquer que quelque chose semble faux et faire une pause instinctive, mais sans raison claire d’interrompre la transaction. À ce moment-là, le fraudeur peut intensifier la situation en créant un sentiment d’urgence, en devenant visiblement frustré ou en semblant en colère. Le caissier, qui ressent la pression liée à la situation et qui est possiblement inquiet que le client fasse une plainte ou que la situation cause du retard ailleurs, peut effectuer la transaction rapidement et passer outre son instinct initial.

La façon la plus efficace de vérifier si une pièce d’identité est frauduleuse est d’utiliser un appareil de détection. Ce type d’outil représente un petit investissement, mais peut éviter d’importantes pertes financières. Il permet de valider ou de réfuter rapidement les préoccupations qu’un employé peut avoir lors de la vérification d’une pièce d’identité, ce qui lui donne la confiance nécessaire pour interrompre une transaction lorsqu’elle ne semble pas légitime.

 

 

Quelles méthodes de contact les fraudeurs utilisent-ils le plus souvent et comment ces canaux influencent-ils le déroulement de la fraude?

 

La plupart des cas sur lesquels j’ai enquêté avec mon équipe impliquaient des fraudeurs qui appelaient des victimes au hasard. Comme nous l’avons déjà mentionné, ces personnes se présentent souvent comme des représentants de la banque, du gouvernement ou du personnel de soutien technique. Les appels téléphoniques sont particulièrement efficaces en raison de leur nature personnelle et directe, ce qui permet aux fraudeurs d’exercer une pression psychologique en temps réel. Ils peuvent créer un sentiment d’urgence, orienter la conversation et manipuler les victimes pour qu’elles communiquent des renseignements personnels ou effectuent des paiements. Lorsque cela est combiné à la mystification par téléphone, l’appel peut sembler légitime, ce qui augmente la probabilité que la victime fasse ce qu’on lui demande.

Les fraudeurs sont aussi très habiles pour s’adapter à la volée en fonction de la réaction d’une victime, ce qui rend l’interaction plus authentique et convaincante. Ces arnaques ont tendance à être particulièrement efficaces lorsque le fraudeur utilise une technologie inhabituelle, comme la cryptomonnaie, et se présente comme un guide utile tout au long du processus. Dans bien des cas, la confiance se bâtit progressivement à mesure que le fraudeur accompagne la victime étape par étape dans une transaction, ce qui renforce l’illusion de légitimité et fait en sorte qu’il est plus difficile pour la victime de reconnaître la situation comme étant frauduleuse.

 

 

Quelles vulnérabilités les fraudeurs recherchent-ils, et adaptent-ils leurs tactiques à certains groupes d’âge ou à des situations particulières?

Selon mon expérience, les fraudeurs ciblent le plus souvent les personnes âgées de 60 ans et plus, en particulier par des fraudes liées aux placements, des tentatives d’hameçonnage et des escroqueries amoureuses. Les personnes appartenant à ce groupe sont fréquemment ciblées, car elles peuvent avoir accumulé plus d’actifs financiers au fil du temps et, dans certains cas, elles sont moins familières avec l’évolution des dangers en ligne. Les fraudeurs adaptent délibérément leurs approches pour paraître crédibles et dignes de confiance, ce qui augmente la probabilité que ces arnaques réussissent.

 

La vulnérabilité émotionnelle est un autre facteur que les fraudeurs exploitent souvent. Les situations liées au veuvage, à la solitude, au deuil, à la peur ou à l’excitation peuvent nuire au jugement des gens et les rendre plus vulnérables à la manipulation. Les arnaques comme la fraude amoureuse, les arnaques bancaires, les arnaques liées aux cryptomonnaies, les arnaques liées à la loterie et la fraude liée aux héritages sont souvent conçues pour exploiter ces états émotionnels et encourager les victimes à agir rapidement ou à garder le secret.

 

Le manque de connaissances numériques et les lacunes dans les connaissances en matière de cybersécurité peuvent aussi accroître l’exposition à la fraude, surtout lorsqu’il est question de fraudes techniques. Les tentatives d’hameçonnage, les arnaques liées au soutien technique et le vol d’identité reposent souvent sur une méconnaissance des outils ou des processus numériques. Lorsque les victimes ne sont pas certaines du fonctionnement de certaines technologies, les fraudeurs peuvent se positionner en tant qu’aides ou autorités, ce qui réduit davantage la probabilité que l’arnaque soit remise en question.

 

 

Avez-vous déjà vu des cas de fraude qui brisent les hypothèses courantes, et qu’est-ce qui aurait pu les prévenir?

 

Au cours de la dernière année, une nouvelle arnaque appelée « banker’s fraud » (fraude du représentant de banque) a fait son apparition. Dans le cadre de ce stratagème, les fraudeurs appellent des victimes au hasard en se faisant passer pour des représentants de la banque. En utilisant un langage persuasif et des tactiques de pression, ils convainquent les victimes que leurs cartes de débit et de crédit ont été compromises. On dit aux victimes qu’un représentant de la banque viendra chercher leurs cartes et on leur demande de les découper et de les déposer dans une enveloppe aux fins de ramassage. Pendant l’appel, les fraudeurs obtiennent également le NIP de la victime, ce qui leur donne un accès complet aux comptes associés.

 

En réalité, la personne qui recueille l’enveloppe est souvent un conducteur d’Uber qui ignore qu’il participe à une fraude. Le conducteur livre l’enveloppe à un complice, souvent en le rencontrant dans un lieu public comme un coin de rue. Une fois que les cartes sont en leur possession, les fraudeurs commencent à les utiliser presque immédiatement. Dans ces cas, les répercussions financières sont importantes, avec des pertes moyennes de 35 000 $ à 40 000 $ par victime.

 

La façon la plus efficace de prévenir ce type de fraude commence par la compréhension qu’une banque ne demandera jamais de NIP par téléphone. Un NIP ne doit en aucun cas être communiqué. Si une personne prétend appeler de votre banque, la mesure la plus sécuritaire est de raccrocher et de communiquer de façon indépendante avec la banque en utilisant le numéro de téléphone officiel indiqué au verso de votre carte ou sur un relevé bancaire. Tout numéro de téléphone fourni par l’appelant doit être traité avec prudence, car il pourrait faire partie de la fraude.

 

 

Au-delà des pertes financières, quels sont les impacts plus larges de la fraude sur les victimes?

 

Les victimes de fraude subissent souvent d’importantes répercussions émotionnelles et pratiques, y compris du stress, de l’anxiété et des sentiments de honte ou d’embarras, même si le crime n’est jamais de leur faute. L’accès aux fonds peut être perturbé, ce qui peut compliquer le paiement des factures ou la gestion des dépenses quotidiennes. Dans certains cas, la fraude peut aussi nuire à la cote de crédit d’une personne, ce qui nuira à l’obtention de prêts, de prêts hypothécaires ou de certains types d’emploi.

La fraude peut aussi avoir des répercussions sur les relations personnelles, car les victimes subissent le stress émotionnel et les conséquences financières du crime. Le recouvrement est rarement immédiat et exige souvent beaucoup de temps et d’efforts, notamment pour communiquer avec les institutions financières, travailler avec les forces de l’ordre et surveiller de près les comptes en vue de toute autre activité suspecte. Bien que certaines victimes deviennent plus prudentes à la suite d’un incident, d’autres demeurent vulnérables et risquent d’être de nouveau ciblées.

Les enquêteurs du Service de police régional de Halton travaillent fréquemment avec l’Unité des services aux victimes pour aider les personnes touchées par la fraude. Cette collaboration permet de s’assurer que les victimes ont accès à des ressources et à des conseils appropriés tout au long du processus de recouvrement.

 

 

Quelles actions des victimes peuvent compliquer les enquêtes, et pourquoi certaines personnes tardent-elles à signaler une fraude?

 

L’une des plus grandes préoccupations que nous avons du point de vue de l’enquête est lorsque les victimes continuent de communiquer avec le fraudeur après le signalement à la police. Les victimes peuvent se sentir gênées, anxieuses ou désespérées de récupérer leur argent et croire qu’elles peuvent persuader le fraudeur de les rembourser. Dans certains cas, elles peuvent aussi tenter de mener leur propre « enquête » pour aider la police. Malheureusement, les contacts continus mènent souvent à l’aggravation de la situation et peuvent compliquer considérablement l’enquête en alertant le fraudeur, en altérant des preuves ou en minant les stratégies d’enquête.

Un autre défi se pose lorsque les victimes ne connaissent pas le processus judiciaire canadien. Si des accusations sont portées, un manque de compréhension du fonctionnement du système juridique peut entraîner de la confusion, des attentes irréalistes ou des erreurs qui pourraient avoir une incidence sur le dossier. Il est important de bien comprendre le processus afin que les victimes sachent à quoi s’attendre et comment leurs actions peuvent avoir une incidence sur les procédures.

Enfin, l’embarras ou la peur du jugement peuvent amener certaines victimes à ne pas divulguer certains renseignements clés ou à les minimiser au moment de signaler la fraude. L’omission de renseignements, intentionnelle ou non, peut créer des problèmes d’intégrité et de crédibilité plus tard au cours de l’enquête. Si des renseignements supplémentaires sont révélés après le fait, cela peut affaiblir le dossier dans son ensemble et, dans certaines situations, entraîner le retrait des accusations. La franchise et la transparence totales sont essentielles au moment de signaler une fraude, car des renseignements complets et exacts donnent aux enquêteurs les meilleures chances de poursuivre l’enquête efficacement.

 

 

En cas de soupçon de fraude, quelles mesures immédiates faut-il prendre pour limiter les dommages?

 

Une fois qu’une fraude est soupçonnée, la première étape la plus importante est de cesser immédiatement tout contact avec le fraudeur et de préserver toute preuve potentielle. Cela comprend la conservation des courriels, des messages textes, des numéros de téléphone, des noms ou des noms fournis, des dossiers bancaires et de cartes de crédit, des reçus de transaction et de tout autre renseignement pertinent. Les victimes doivent éviter de supprimer, de modifier ou de modifier des fichiers de quelque façon que ce soit, car cela peut compromettre l’intégrité de la preuve. Il est essentiel de maintenir une chaîne de possession claire afin que les renseignements demeurent fiables et, au besoin, admissibles devant les tribunaux.

Parallèlement, les autorités compétentes doivent être avisées le plus rapidement possible. Cela comprend communiquer avec la police locale, les institutions financières et les sociétés émettrices de cartes de crédit, et signaler l’incident au Centre antifraude du Canada. Un avis rapide permet à ces organisations de prendre des mesures immédiates pour limiter les pertes futures, signaler les activités suspectes et soutenir toute enquête ultérieure.

Dans la mesure du possible, les victimes ou les témoins devraient également être encouragés à fournir des déclarations écrites ou enregistrées sur vidéo à la police ou à l’organisme d’enquête pertinent. Recueillir les déclarations rapidement permet d’aider à préserver l’exactitude des souvenirs des événements et de leur chronologie ainsi que des interactions, ce qui peut être crucial à mesure que les enquêtes progressent. Lorsqu’on leur fourni rapidement des renseignements clairs et complets, les enquêteurs disposent de bases solides pour évaluer l’incident et prendre les mesures appropriées.

 

 

Quelles habitudes ou pratiques à long terme permettent de réduire de façon significative le risque de fraude?

 

La sensibilisation proactive est l’un des outils les plus efficaces pour réduire l’incidence de la fraude. Les membres du service de police régional de Halton travaillent activement à renseigner les citoyens, les groupes communautaires, les institutions financières et les entreprises sur la prévention de la fraude. Ces efforts visent à aider les gens à reconnaître les tactiques courantes, à comprendre les risques émergents et à savoir comment réagir si quelque chose semble incorrect.

Lorsque de nouvelles tendances en matière de fraude commencent à toucher la communauté, en particulier celles qui font plusieurs victimes, l’unité responsable des crimes financiers publie également des communiqués de presse pour sensibiliser les gens. Ces communications visent à alerter rapidement le public, à communiquer des conseils pratiques en matière de prévention et à réduire le risque de nouvelles victimes en veillant à ce que des renseignements exacts parviennent rapidement à la communauté.

 

 

Comment prévoyez-vous l’évolution des tactiques de fraude, et à quoi les gens devraient-ils être plus attentifs à l’avenir?

 

L’une des tendances les plus importantes au cours des dernières années a été l’utilisation accrue de la cryptomonnaie dans les activités liées à la fraude. Les monnaies numériques étant de plus en plus largement adoptées, elles sont aussi utilisées plus fréquemment par les fraudeurs pour déplacer et dissimuler des fonds illicites. Les transactions de cryptomonnaies peuvent être difficiles à retracer et à récupérer, ce qui les rend particulièrement intéressantes pour les activités criminelles et désavantage les enquêteurs.

Par conséquent, les organisations qui participent à la prévention et aux enquêtes sur la fraude devraient accorder la priorité à la sensibilisation et à la formation de leurs employés sur le fonctionnement de la cryptomonnaie. À l’heure actuelle, les criminels sont souvent bien en avance sur les efforts de prévention en ce qui concerne la compréhension et l’utilisation de ces outils. Mieux connaître la façon dont la cryptomonnaie est acquise, transférée et utilisée à mauvais escient peut aider à combler cette lacune et à mieux outiller les organisations pour reconnaître, prévenir et réagir à la fraude à mesure que ces tactiques continuent d’évoluer.

 

 

 Cette séance de questions-réponses est fournie à des fins d’information générale seulement. Les points de vue et opinions exprimés par [le détective Cunnington] lui sont propres et ne reflètent pas nécessairement ceux d’un service de police ou d’un organisme gouvernemental. La participation à cette séance ne constitue pas une approbation de First Canadian Title Company Limited, ni de ses produits ou services. 

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