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La fraude numérique évolue constamment. Il est donc essentiel de savoir reconnaître les signaux d’alerte et de réagir adéquatement lorsque quelque chose semble anormal. Nous avons rencontré Matt Cunnington, gendarme-détective du Service de police régional d’Halton afin de recueillir son point de vue du terrain sur la façon dont les gens peuvent reconnaître la fraude numérique, y réagir et la signaler. Fort de plus de 23 ans d’expérience dans les services policiers et d’une expertise spécialisée en enquêtes sur les crimes financiers et la fraude, Matt partage des conseils pratiques sur les signes à surveiller et les mesures à prendre si vous êtes confronté à une tentative de fraude.
En tant qu’enquêteur spécialisé en fraude, on me demande souvent ce que les gens peuvent faire pour se protéger contre la fraude numérique. Même si la technologie continue d’évoluer, les fraudeurs s’appuient souvent sur les mêmes tactiques : créer un sentiment d’urgence, exploiter la confiance des gens et les convaincre d’agir avant qu’ils n’aient le temps de réfléchir.
Chaque fraude a ses particularités, mais les mesures à prendre demeurent généralement les mêmes : repérer les signaux d’alerte, sécuriser ses comptes, conserver toute preuve pertinente, signaler l’incident et renforcer sa protection pour l’avenir.
1. Quand devriez-vous mettre fin à une interaction?
Les fraudeurs parviennent souvent à leurs fins en exploitant l’urgence ou en suscitant la peur. Si l’on vous presse d’agir sur-le-champ, faites une pause et prenez le temps de valider la situation par un moyen indépendant.
Que la démarche commence par un appel, un texto ou un courriel, fiez-vous à votre jugement lorsque quelque chose ne vous semble pas normal. D’après mon expérience, il y a très peu de situations de fraude qui constituent une véritable urgence. Les fraudeurs se fient aux réactions émotionnelles pour empêcher les gens de vérifier les renseignements qu’ils reçoivent.
Par exemple, vous recevez un appel d’une personne prétendant provenir de votre banque. Celle-ci vous dit que votre carte bancaire est utilisée frauduleusement et vous demande de confirmer votre numéro de carte, votre code de sécurité (CVV), votre NIP ou vos identifiants des services bancaires en ligne. Il s’agit d’un signal d’alarme important.
C’est un signe révélateur de fraude. Une institution financière légitime ne vous demandera jamais de communiquer votre NIP, vos codes de sécurité ou les détails complets de votre carte par téléphone. Vous n’avez qu’à dire : « Je vais rappeler la banque. » Si la personne qui appelle insiste pour que vous restiez en ligne, vous pouvez cela comme un indicateur clair qu’il s’agit d’une tentative de fraude.
Ne vous fiez pas uniquement à l’identité de la personne qui appelle. Les fraudeurs peuvent falsifier l’affichage du numéro pour donner l’impression que l’appel provient d’une organisation légitime. Mettez fin à l’appel et contactez l’organisation vous-même à l’aide d’un numéro obtenu d’une source officielle.
Une demande légitime peut attendre quelques minutes. Prenez le temps de faire une pause, d’évaluer la situation et d’en vérifier l’authenticité.
2. Que devriez-vous faire si vous croyez qu’un compte ou votre identité a été compromis?
Trop souvent, les gens hésitent à prendre des mesures parce qu’ils ne sont pas certains qu’un incident s’est produit. Pourtant, lorsqu’il est question de fraude ou de compromission, il vaut mieux agir rapidement.
Sécurisez immédiatement les comptes touchés. Au besoin, faites bloquer vos cartes de débit ou de crédit, modifiez les mots de passe compromis et utilisez un mot de passe unique et efficace pour chacun de vos comptes. Activez l’authentification multifacteur (AMF), fermez les sessions actives et vérifiez les opérations sur le compte pour voir s’il n’y a pas eu d’accès ou d’opérations non autorisés.
Personnellement, j’ouvre une session dans mon compte bancaire deux ou trois fois par jour. Cela peut paraître excessif pour certaines personnes, mais examiner régulièrement vos comptes peut vous aider à détecter rapidement les activités suspectes.
Informez les organisations concernées. Selon les circonstances, vous devrez peut-être aviser votre banque, le service informatique de votre employeur ainsi que les agences d’évaluation du crédit Equifax et TransUnion.
Il est important de se rappeler que les conséquences d’une fraude peuvent se poursuivre bien après sa détection. Les renseignements volés peuvent être réutilisés plus tard. En cas de perte financière, de vol d’identité, d’ouverture frauduleuse de comptes à votre nom ou d’autres activités criminelles, communiquez avec votre service de police local. Vous pouvez également signaler la fraude au Centre antifraude du Canada.
N’attendez pas la confirmation avant d’agir. Sécurisez vos comptes, informez les organisations appropriées et documentez ce qui s’est passé.
3. Quels renseignements devriez-vous conserver?
L’une des premières recommandations que je fais aux victimes de fraude est de tout conserver. Des détails qui semblent anodins peuvent devenir des éléments de preuve précieux au cours d’une enquête.
Conservez les courriels, les messages texte et les messages sur les médias sociaux, les captures d’écran, les numéros de téléphone, les noms d’utilisateur, les adresses de portefeuilles de cryptomonnaies, les renseignements relatifs aux virements électroniques, les relevés bancaires, les confirmations de transaction ainsi que les adresses de sites Web pertinentes. Même de petits renseignements peuvent devenir importants lorsqu’ils sont combinés à d’autres rapports.
Évitez de supprimer des messages, de bloquer des numéros de téléphone ou de jeter des reçus jusqu’à ce que vous en ayez enregistré des copies pour vos dossiers.
Dès que vous soupçonnez une fraude, cessez toute communication avec la personne concernée et n’essayez pas d’enquêter vous-même sur la situation. En continuant d’échanger avec le fraudeur, vous risquez de lui communiquer involontairement des renseignements supplémentaires ou de vous exposer à d’autres pertes. Il est préférable de conserver les preuves, de protéger vos comptes et de signaler l’incident sans tarder.
Bien souvent, les enquêtes sur la fraude progressent grâce à l’accumulation de détails qui peuvent sembler anodins au départ. Si vous avez le moindre doute, conservez l’information.
4. Que se passe-t-il lorsque vous signalez une fraude numérique?
On me demande souvent si le fait de signaler une fraude fait réellement une différence. La réponse est oui. Un signalement ne peut pas entraîner l’arrêt immédiat ou le recouvrement de fonds, mais il peut fournir des renseignements qui aident à identifier les suspects, à découvrir les plus grands réseaux de fraudeurs et à soutenir les enquêtes en cours.
Fournissez le plus de renseignements possible, y compris les communications, les captures d’écran, les numéros de téléphone, les noms d’utilisateur, les adresses de sites Web, les dossiers d’opérations, les dates et heures, et les renseignements sur les pertes financières. Les enquêteurs peuvent utiliser ces renseignements pour établir des échéanciers, faire des liens entre les victimes et trouver des fonds ou des communications.
L’appareil lui-même peut aussi contenir des preuves. Si vous ne vous sentez pas à l’aise de préserver des preuves numériques, évitez d’apporter des modifications inutiles. Déconnectez plutôt l’appareil d’Internet en coupant le Wi-Fi, en activant le mode Avion ou en interrompant toute connexion au réseau. Dans la mesure du possible, laissez l’appareil sous tension et rangez-le en lieu sûr jusqu’à ce qu’un spécialiste puisse l’examiner.
Toute utilisation continue, installation de logiciel ou tentative d’analyse pourrait altérer ou supprimer des données utiles à l’enquête.
Si un examen plus approfondi est justifié, les enquêteurs peuvent demander votre consentement pour qu’une unité des crimes technologiques ou une équipe d’informatique judiciaire examine l’appareil et conserve les preuves pertinentes.
Chaque signalement contribue aux efforts plus importants visant à identifier les délinquants, à comprendre les menaces émergentes et à protéger les autres.
5. Que pouvez-vous faire à l’avenir?
Nul besoin d’être un spécialiste de la cybersécurité pour mieux se protéger en ligne. D’ailleurs, je ne prétends pas l’être. Les meilleures défenses sont souvent les plus simples :
utiliser des mots de passe forts et distincts pour chaque compte, activer l’authentification multifacteur et maintenir ses appareils et ses applications à jour.
Faites preuve de prudence lorsque vous publiez des renseignements personnels en ligne. Les fraudeurs exploitent les informations accessibles sur les médias sociaux, les profils publics et les données compromises pour personnaliser leurs tentatives de fraude et les rendre plus crédibles. Songez à la façon dont les renseignements personnels pourraient être utilisés pour vous usurper votre identité ou vous cibler dans le cadre de futurs stratagèmes.
Examinez régulièrement vos comptes financiers et vos opérations de crédit, et songez à activer les alertes d’opérations par l’intermédiaire de votre institution financière.
L’intelligence artificielle et la technologie de clonage vocal créent un autre risque. Nous avons vu des fraudeurs se faire passer au téléphone pour un membre de la famille ou un ami proche en prétendant avoir besoin d’argent de toute urgence. Pour nous protéger, ma famille et moi avons convenu d’un mot de code que nous sommes les seuls à connaître. Si quelque chose vous semble anormal, utilisez ce mot de code pour vérifier l’identité de la personne.
Par-dessus tout, méfiez-vous des demandes inattendues d’argent ou de renseignements personnels. Prenez le temps de vérifier avant de faire confiance, surtout lorsqu’un sentiment d’urgence entre en jeu.
6. Quelles sont les tendances actuelles en matière de fraude qui touchent notre collectivité?
Deux types de fraude qui génèrent actuellement de nombreux signalements et enquêtes pour l’Unité des crimes financiers présentent plusieurs des signes avant-coureurs dont nous venons de parler.
Le premier stratagème est une fraude par accès à distance utilisant des applications comme AnyDesk. Le fraudeur usurpe l’identité d’une organisation légitime et persuade la victime d’installer un logiciel d’accès à distance en invoquant un problème urgent nécessitant une intervention immédiate. Une fois l’accès accordé, le fraudeur peut contrôler l’appareil, accéder aux services bancaires en ligne, voler des renseignements personnels ou demander à la victime de virer des fonds. AnyDesk est un outil légitime, mais les criminels peuvent l’utiliser à mauvais escient pour faciliter la fraude.
Le deuxième est l’arnaque du faux représentant. Des fraudeurs se font passer pour des représentants légitimes de fournisseurs de services de téléphonie mobile et proposent des forfaits à prix réduit, des mises à niveau avantageuses ou des appareils gratuits. Ils obtiennent suffisamment de renseignements pour accéder au compte de la victime ou le modifier et commandent des appareils coûteux en leur nom.
Après la réception des appareils, les escrocs affirment qu’ils ont été expédiés par erreur et demandent à la victime de les retourner au moyen d’une étiquette de retour ou d’un code QR qu’ils fournissent. Les appareils sont alors récupérés par les fraudeurs, tandis que la victime demeure responsable des paiements, des obligations contractuelles et des frais engagés.
Le Service de police régional de Halton a récemment publié un communiqué mettant en garde les résidents contre ce type de fraude. Vous pouvez le consulter ici.
Les cybercriminels font constamment évoluer leurs tactiques, mais les principes de base demeurent les mêmes. Utilisez des mots de passe robustes, activez l’authentification multifacteur, maintenez vos appareils à jour, surveillez vos comptes et faites preuve d’esprit critique avant d’agir. Surtout, lorsque quelque chose vous paraît suspect, écoutez votre intuition. Faites une pause, prenez du recul et validez les faits avant de passer à l’action.
Cette séance de questions-réponses est fournie à des fins d’information générale seulement. Les points de vue et opinions exprimés par [le détective Cunnington] lui sont propres et ne reflètent pas nécessairement ceux d’un service de police ou d’un organisme gouvernemental. La participation à cette séance ne constitue pas une approbation de First Canadian Title Company Limited, ni de ses produits ou services.
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