À mesure que l’immobilier devient de plus en plus numérique, l’établissement de la confiance devient à la fois plus complexe et plus important. Les signaux auxquels les professionnels se fient habituellement pour confirmer l’identité évoluent, tandis que les nouvelles technologies créent des occasions d’aborder l’identité et le risque de façon plus intelligente.
Ryan Lambert, vice-président, Données et analyses, Produits d’entreprise et Stratégie chez FCT, travaille à l’intersection des données, de la technologie, des produits et de la stratégie. Il se concentre sur la transformation des idées émergentes en capacités pratiques qui peuvent rendre les transactions immobilières plus sûres, plus sécurisées, plus simples et plus efficaces.
À l’occasion du Mois de la cybersécurité, nous avons discuté avec M. Lambert de l’évolution des risques liés à l’identité, de ce à quoi ressemble une vérification efficace et de la façon dont la technologie, les données et le jugement professionnel peuvent se conjuguer pour renforcer la confiance tout au long d’une transaction immobilière.
Le changement le plus important réside dans le fait que les signaux sur lesquels nous nous appuyions traditionnellement pour établir la confiance perdent de leur fiabilité lorsqu’ils sont considérés isolément. Un document d’apparence professionnelle, un courriel convaincant ou même une rencontre en personne n’ont pas nécessairement le même poids qu’auparavant. La qualité et l’accessibilité du contenu synthétique et des artéfacts d’identité frauduleux continuent de s’améliorer.
Parallèlement, l’industrie immobilière se numérise de plus en plus et devient de plus en plus connectée. Cela crée de nouveaux points de vulnérabilité, mais nous offre également l’occasion d’instaurer la confiance différemment. Au lieu de nous fier à une seule interaction ou à une seule pièce d’identité, nous pouvons de plus en plus prendre en compte de multiples signaux indépendants tout au long de la transaction. Le risque évolue, tout comme notre capacité à le cerner.
Je pense qu’une idée fausse courante est de croire que le risque lié à l’identité est principalement un problème lié à la distance ou au numérique. On peut avoir l’impression que le simple fait de rencontrer quelqu’un en personne et de vérifier sa pièce d’identité permet d’éliminer une grande partie du risque. Cette hypothèse est de plus en plus difficile à défendre à mesure que les faux documents d’identité gagnent en sophistication.
L’autre chose que nous pouvons sous-estimer est la nature dynamique du risque lié à l’identité. Une personne peut en toute légitimité vérifier son identité au début d’une transaction, mais cela ne signifie pas pour autant que chaque demande ultérieure doive automatiquement être considérée comme fiable. Si les renseignements bancaires, les coordonnées ou d’autres renseignements importants changent soudainement, ce nouveau contexte est important. L’identité est de plus en plus considérée comme un indicateur de risque couvrant toute la durée d’une transaction, et non plus comme une simple case à cocher à une seule étape du processus.
Une vérification effectuée n’est en réalité qu’un point de départ. Je me demanderais ce qui a réellement été vérifié, les preuves à l’appui de cette vérification et si le niveau d’examen était adapté au risque lié à l’action envisagée.
J’examinerais aussi la façon dont le processus traite l’information. Les données d’identité comptent parmi les renseignements les plus sensibles dont dispose un individu. La manière dont elles sont recueillies, protégées et éventuellement réutilisées revêt donc une importance capitale.
En fin de compte, la question ne devrait pas se limiter à : « Avons-nous vérifié l’identité de cette personne? » Nous devrions plutôt nous demander : « Disposons-nous de suffisamment d’éléments fiables pour prendre cette mesure en toute confiance? »
La vérification de l’identité doit être considérée comme un volet de la gestion des risques qui s’étend sur l’ensemble de la transaction.
L’industrie immobilière implique par nature plusieurs parties prenantes. Vous avez des acheteurs, des vendeurs, des professionnels de l’immobilier, des prêteurs, des avocats ou des notaires, et enfin le bien immobilier lui-même. Chaque interaction peut générer un nouveau signal qui vient soit renforcer, soit remettre en question notre perception de la transaction.
L’occasion consiste à établir l’identité dès le début, puis à entretenir cette confiance, tout en identifiant les moments où le risque évolue et où un examen plus approfondi s’impose. Cette approche est bien plus efficace que de considérer systématiquement l’identité comme une simple formalité administrative isolée.
La technologie doit venir en renfort au jugement professionnel, et non le remplacer.
La valeur de la technologie réside dans sa capacité à évaluer les renseignements de manière cohérente, à mettre en évidence des signaux et à recentrer l’attention des professionnels sur les domaines où leur jugement est le plus précieux. Cela revêt une importance croissante à mesure que les transactions se numérisent et que le volume de renseignements que les professionnels doivent évaluer augmente.
Mais la technologie n’éliminera pas la nécessité pour quelqu’un de reconnaître quand quelque chose ne tient tout simplement pas la route. Le soupçon de fraude en est un bon exemple. La technologie peut fournir de meilleures preuves et des signaux plus forts, mais le jugement professionnel demeure un élément essentiel pour décider quoi en faire.
C’est là que les données deviennent particulièrement intéressantes. Une vérification d’identité isolée vous fournit une réponse ponctuelle. Une transaction vous fournit du contexte.
Lorsque vous commencez à relier les signaux entre les différentes étapes d’une transaction, vous pouvez dresser un tableau beaucoup plus complet du niveau de confiance et de risque. Les renseignements sur l’identité restent-ils cohérents? Des détails importants ont-ils changé? Les renseignements sur les personnes, le bien immobilier et la transaction continuent-ils de former un ensemble logique?
Je pense que l’industrie a l’occasion d’aller au-delà d’un modèle binaire « avec » ou « sans » vérification. La question la plus pertinente est de savoir de combien de preuves fiables nous disposons tout au long de la transaction et si ces preuves justifient la mesure entreprise à ce moment-là.
Les solutions de vérification de l’identité des clients sont conçues en fonction d’une idée assez simple : instaurer la confiance dès le début de la transaction et permettre la vérification d’identité dans un environnement de plus en plus numérique.
Les professionnels de l’immobilier doivent confirmer l’identité des clients tout en gérant les renseignements sensibles les concernant, le risque de fraude et les exigences de conformité. Dans le même temps, le renforcement de la sécurité ne doit pas automatiquement se traduire par des contraintes inutiles pour les clients.
L’occasion consiste à rendre la vérification de l’identité plus sécuritaire et plus facile à intégrer aux flux de travail existants, y compris les interactions à distance. Le fait d’établir cette identité vérifiée plus tôt permet également de créer une base plus solide pour les interactions qui suivront.
Pour moi, l’occasion réside dans le contexte.
L’identité vous renseigne sur les personnes impliquées. Le titre vous renseigne sur la propriété et les intérêts dans le bien. L’évaluation et les renseignements sur la propriété apportent un ensemble supplémentaire de signaux concernant l’actif lui-même. Pris individuellement, chacun de ces éléments est utile. Ensemble, ils permettent d’acquérir une compréhension bien plus approfondie de la transaction.
L’immobilier présente encore de nombreuses lacunes entre les participants, les systèmes et les processus, où les renseignements peuvent se perdre ou être considérés de manière isolée. La mise en relation de ces éléments offre la possibilité d’identifier plus tôt les incohérences, de concentrer l’attention là où cela compte et, au final, de renforcer la confiance avant que la transaction n’atteigne ses moments les plus risqués.
Les identifiants réutilisables sont l’un des aspects que je surveille le plus. Nous nous dirigeons vers un modèle dans lequel les gens n’auront pas nécessairement besoin de prouver leur identité à chaque participant à une transaction, en partant de zéro. Au contraire, il serait possible de valider de manière sécurisée des attributs de confiance qui ont déjà été vérifiés.
Je m’intéresse également à l’évolution de l’identité à mesure qu’elle devient plus contextuelle et prédictive. Il n’y aura probablement pas, à l’avenir, un seul signal d’identité parfait. Il s’agira plutôt d’une combinaison intelligente de signaux fiables appliqués au bon moment, avec un niveau de friction adapté au niveau de risque.
Et à plus long terme, l’identité ne s’appliquera plus uniquement aux personnes. À mesure que les agents d’intelligence artificielle effectueront de plus en plus de tâches à notre place, les questions relatives à l’autorisation, aux permissions et à la « connaissance de son agent » prendront de plus en plus d’importance.
Je me concentrerais sur trois choses : établir la confiance tôt, traiter l’identité comme un signal continu et rester vigilant lorsque le contexte évolue.
L’objectif ne devrait pas être d’ajouter un maximum de vérifications à chaque interaction. Plus de friction ne signifie pas automatiquement plus de sécurité. L’objectif est plutôt d’appliquer le bon niveau d’examen au bon moment, en fonction du risque lié à la situation.
Et surtout, il faut rester flexible. Les outils dont disposent les personnes malintentionnées évoluent rapidement, mais il en va de même pour les outils à la disposition des professionnels. Les entreprises qui intègrent l’identité, les données, la technologie et le jugement professionnel dans une approche connectée de la gestion des risques seront mieux placées pour faire face à ce changement.
La manière dont nous établissons la confiance dans l’immobilier est en train de changer. Les pratiques solides en matière d’identité dépendront de plus en plus de plusieurs éléments, et non plus d’un simple document, d’une seule interaction ou d’une seule technologie. Elles reposeront sur la combinaison de signaux fiables, de jugement professionnel et de niveaux de contrôle adaptés tout au long de la transaction.
Pour les professionnels de l’immobilier, l’occasion consiste à évoluer au rythme du risque, en utilisant la technologie pour renforcer le jugement, réduire les frictions inutiles et instaurer une plus grande confiance dans un environnement transactionnel de plus en plus numérique.
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